Lire la médina autrement

La médina de Marrakech ne se livre pas depuis ses grandes artères. Tout ce qui compte se cache derrière des portes sans enseigne, au fond d'un derb, une impasse résidentielle, ou en contrebas de la rue. Chaque quartier s'organisait autour de quelques équipements partagés : la mosquée, la fontaine, le four à pain, le hammam et l'école coranique. Repérer ces éléments, c'est déjà comprendre la ville. Si vous découvrez la vieille ville, commencez par notre guide de la médina de Marrakech, qui en explique l'organisation et les repères ; les lieux ci-dessous le complètent sans le répéter.

Les traces les plus anciennes

La Koubba almoravide, sept mètres sous la place

Sur la place Ben Youssef, une grille borde une fosse au fond de laquelle se dresse un petit pavillon à coupole. C'est la Koubba almoravide, ou Koubba Ba'adiyn, le seul édifice almoravide de Marrakech parvenu jusqu'à nous, construit sous le sultan Ali ben Youssef, en 1117 selon la date la plus souvent retenue. Il servait aux ablutions des fidèles de la mosquée voisine. Plus de la moitié du bâtiment était enfouie sous sept à huit mètres de remblais : il n'a été identifié qu'en 1947, puis dégagé par des fouilles. La différence de niveau entre la place et le pavillon montre de combien le sol de la ville s'est élevé en neuf siècles.

Sous la coupole, le décor sculpté de pommes de pin, de palmes et de coquilles, et les petites coupoles d'angle à muqarnas, comptent parmi les plus anciens du Maroc. Le site ouvre tous les jours de 9h à 17h ; le billet coûte 100 DH pour un adulte étranger et 50 DH pour un enfant de 7 à 13 ans. Depuis la grille, la façade se voit déjà gratuitement.

Les fontaines saadiennes : boire et regarder

Auvent de bois sculpté de la fontaine Chrob ou Chouf

Rue Assouel, à quelques minutes au nord-ouest de la medersa Ben Youssef, une niche monumentale abrite la fontaine Chrob ou Chouf, « bois et regarde ». Elle date de la fin du XVIe siècle, sous le sultan saadien Ahmed el-Mansour, et doit son nom à une inscription qui invitait le passant à se désaltérer puis à admirer l'ouvrage. Levez les yeux : le linteau porte une calligraphie andalouse, et l'auvent de bois sculpté en nid d'abeille est couvert de tuiles vertes.

Plus au sud, la fontaine de Mouassine, construite entre 1562 et 1573 sous Abdallah al-Ghalib avec la mosquée du même nom, montre l'autre fonction de ces ouvrages : à côté du bassin destiné aux habitants, trois grandes arcades abritaient les abreuvoirs des bêtes de somme. Les deux fontaines se regardent depuis la rue, librement.

Maisons et caravansérails cachés

Dar Cherifa, la plus vieille maison de la médina

Au fond du Derb Chorfa Lakbir, à l'ouest de la mosquée de Mouassine, une porte modeste ouvre sur Dar Cherifa, l'une des rares demeures saadiennes de la ville, datée de la seconde moitié du XVIe siècle. Son patio profond est entouré de deux niveaux de galeries portées par des piliers de cèdre, avec des stucs sculptés et des inscriptions proches de ceux de la medersa Ben Youssef. Restaurée à partir de 2000, la maison est devenue un café littéraire et une galerie, avec expositions, concerts et rencontres. L'entrée est libre ; il est d'usage d'y prendre un thé ou un repas pour profiter du lieu.

Les fondouks, des cours d'artisans derrière les portes cochères

Entre les souks, Mouassine et le quartier Ben Youssef, de grandes portes cochères donnent sur des cours carrées bordées de galeries. Ce sont les fondouks, les anciens caravansérails de la médina : au rez-de-chaussée, les écuries pour les bêtes et les entrepôts ; à l'étage, les chambres des marchands de passage. Beaucoup abritent aujourd'hui des ateliers de menuisiers, de dinandiers ou de tisserands, d'autres des boutiques, comme le fondouk Ouarzazi près de la place Bab Fteuh. Certains ont été restaurés : la Maison de la Photographie occupe ainsi un ancien fondouk. On peut en général entrer dans la cour sans payer ; saluez, demandez avant de photographier un artisan, et déclinez poliment les propositions de visite guidée improvisée.

Lieux sacrés et lieux de mémoire

La zaouïa de Sidi Bel Abbès et les Sept Saints

Portail sculpté et peint de la fontaine de la zaouïa de Sidi Bel Abbès

Au nord de la médina, juste au-delà de Bab Taghzout, la zaouïa de Sidi Bel Abbès abrite le tombeau du plus vénéré des Sept Saints de Marrakech, mort en 1204, prédicateur de la charité et protecteur des aveugles. À la fin du XVIIe siècle, le sultan Moulay Ismaïl fit organiser un pèlerinage reliant les tombeaux de ces sept saints, qui structure encore la géographie spirituelle de la ville. La zaouïa reste un lieu de culte et d'entraide en activité : les dons y sont redistribués et des commerçants dédient encore au saint le premier gain de la journée.

Les non-musulmans n'entrent ni dans le mausolée ni dans la mosquée, mais la cour principale est accessible gratuitement, en journée. On y voit le minaret, le portail du mausolée et une fontaine richement ornée. Tenue couvrante et discrétion sont de rigueur ; ne photographiez pas les fidèles.

Le cimetière juif de Miâara

Tombes blanchies et mausolée du cimetière juif de Miâara

À l'est du Mellah, le cimetière de Miâara est le plus grand cimetière juif du Maroc. Fondé au XVe siècle, il compte plus de 20 000 tombes blanchies à la chaux, réparties en sections pour les hommes, les femmes et les enfants. Près de l'entrée, les tombes bleues des kohanim, les descendants des prêtres du Temple, tranchent sur le blanc ; plus loin, des mausolées de rabbins vénérés attirent des pèlerins du monde entier. Il ouvre du dimanche au jeudi de 9h à 19h, le vendredi de 9h à 17h, et ferme le samedi et les jours de fête juive. Le gardien demande un droit d'entrée ou un don, en espèces ; les hommes se couvrent la tête, une kippa est prêtée. Pour le reste du quartier, voyez la fiche du Mellah.

La koubba de Lalla Zohra

À deux pas de la mosquée Koutoubia, un petit mausolée blanc à coupole passe inaperçu de la plupart des promeneurs. Il abrite la tombe de Lalla Zohra, une femme mystique morte au début du XVIIe siècle, autour de laquelle circulent de nombreuses légendes. Le monument ne se visite pas de l'intérieur, mais se voit librement depuis les jardins.

Curiosités du quotidien

Fours à pain et gardiens du feu

Dans les derbs, une petite ouverture noircie de suie signale souvent le four à pain du quartier. Les familles y déposent leur pâte du jour sur une planche, et le fournier la cuit moyennant une petite somme. Non loin, le farnatchi entretient le feu qui chauffe l'eau du hammam ; c'est dans ses cendres que cuit traditionnellement la tanjia, plat emblématique de la ville, décrit dans notre guide que manger à Marrakech. Regarder par la porte est toléré ; demandez avant de photographier.

Le Souk el-Khemis, marché aux puces de Bab el-Khemis

Hors des remparts, au nord-est de la médina, le Souk el-Khemis doit son nom au marché du jeudi (khemis) qui se tenait devant la porte. Il occupe aujourd'hui plusieurs hangars couverts où s'empilent portes de cèdre, grilles en fer forgé, meubles anciens, luminaires et objets de récupération : c'est là que les décorateurs viennent chiner. Il ouvre tous les jours sauf le vendredi, et il est plus animé le jeudi et le dimanche. Les prix ne sont jamais affichés : négociez, et vérifiez l'état des objets avant de payer.

Le musée Tiskiwin, une maison-musée en sommeil

Rue de la Bahia, entre le palais Bahia et Dar Si Saïd, le musée Tiskiwin présente la collection de l'anthropologue Bert Flint, un voyage en objets le long des routes caravanières du Maroc à Tombouctou. Il est fermé depuis 2023 et aucune date de réouverture n'était annoncée lors de notre vérification en octobre 2026. Passez devant sa porte en allant au palais Bahia, mais ne le programmez pas comme une étape.

Tableau récapitulatif

Lieu Quartier Accès Tarif À savoir
Koubba almoravide Place Ben Youssef Tous les jours, 9h-17h 100 DH (adulte étranger) Façade visible depuis la grille
Fontaine Chrob ou Chouf Rue Assouel, nord de la médina Libre, depuis la rue Gratuit Inscription « bois et regarde »
Fontaine de Mouassine Mouassine Libre, depuis la rue Gratuit Abreuvoirs pour les bêtes
Dar Cherifa Derb Chorfa Lakbir, Mouassine Café et galerie Entrée libre, consommation attendue Maison saadienne du XVIe siècle
Fondouks Souks, Mouassine, Ben Youssef Cours en journée Gratuit en général Ateliers en activité
Zaouïa de Sidi Bel Abbès Au nord de Bab Taghzout Cour en journée Gratuit Mausolée réservé aux musulmans
Cimetière de Miâara Est du Mellah Dim-jeu 9h-19h, ven 9h-17h Droit d'entrée ou don Fermé le samedi
Koubba de Lalla Zohra Jardins de la Koutoubia Extérieur seulement Gratuit Pas de visite intérieure
Souk el-Khemis Bab el-Khemis Tous les jours sauf vendredi Gratuit Plus animé jeudi et dimanche
Musée Tiskiwin Rue de la Bahia Fermé depuis 2023 - Aucune réouverture annoncée

Tarifs et horaires constatés en octobre 2026, à titre indicatif.

Conseils pour explorer hors des sentiers

  • Regroupez par quartier : la Koubba, Chrob ou Chouf et les fondouks se font dans la même matinée au nord de la médina ; Mouassine et Dar Cherifa ensuite ; la zaouïa et Bab el-Khemis se rejoignent en petit taxi.
  • Gardez des petites coupures pour les droits d'entrée, les dons et un thé.
  • Méfiez-vous des faux raccourcis : un inconnu qui affirme qu'une rue est « fermée » ou propose de vous montrer un lieu « secret » réclamera de l'argent ensuite. Notre guide des arnaques à éviter à Marrakech décrit ces situations.
  • Respectez les lieux de culte : épaules et genoux couverts, pas de photo des fidèles, et visite en dehors de la grande prière du vendredi.
  • Venez le matin : les ruelles sont plus calmes, les artisans ouvrent leurs ateliers et la chaleur reste supportable.

Pour aller plus loin

Pour continuer dans le nord de la médina, suivez notre guide Ben Youssef et Bab Debbagh. La balade Kasbah et Mellah vous mène jusqu'au cimetière de Miâara, et nos activités gratuites à Marrakech complètent ces découvertes sans billet.